SHAKIN’ MATES: Same (2020)

«In rock we trust», titre du dernier album des ex-taulards, annonce clairement la couleur. Et de couleurs justement, sur la pochette, il n’y en a que deux, que n’aurait certainement pas reniées monsieur Stendhal : cravates rouges et chics, costards noirs et sobres. La classe quoi.

Sans oublier les lunettes, noires elles aussi, histoire de s’habituer à la lumière du jour... Donc l’écrin est beau et épuré. Ça a de la gueule. Mais quid du contenu ? Cinq compos et huit reprises, et putain que ça joue, ça swingue, ça rocke et ça pulse, ça éructe et ça postillonne, ça caresse et ça jouit, ça miaule et ça hurle à la lune. Ça fourmille de petites trouvailles (j’en veux cet intro vintage sur la piste 14, on se croirait dans un juke joint du sud des États-Unis), de breaks, de petits ponts, d’accélération (la piste 7 qui va crescendo), de débordements... pour finir en pleine lucarne... (facile j’avoue, à écrire mais pas à mettre…). Les potos/invités/intervenants, qu’ils soient à l’harmonica, piano, orgue ou aux chœurs, poussent clairement le groupe vers le haut, pour tutoyer les sommets... Et puis pour oser reprendre Led Zeppelin ou le J-Geils Band, faut en avoir dans le pantalon...

Bon, soyons clairs, ils ne sont pas pléthore en France, les groupes de (bon) rock, ceux qui chantent dans la langue de Shakespeare j’entends (la seule et unique voix afférent à ce style de musique) : il y a bien les clébards des «Shaggy Dogs», les apôtres de «Jésus Volt», le grand «Little Bob» toujours debout, sans oublier, pour ne pas qu’on me traite de misogynie, faut faire gaffe à notre époque, Laura Cox Band ou Jesse Lee (aux chœurs justement sur la piste 9, et dans le cœur de beaucoup j’en suis sûr...) Bref, tout ça pour dire qu’il faudra désormais compter sur les Shakin’ Mates... Et s’il y a un paradis au ciel, pourquoi pas, il y a bien un enfer sur terre,

je suis sûr qu’ils doivent être fiers les John Lee Hooker, Willie Dixon ou Jérôme Geils, que des petits Frenchies s’approprient ainsi leurs compos, avec force talent et respect...

Et va-y que je rameute les copains de biture, Lee Brilleaux, Mick Green, Bon Scott, Rory Gallagher, pour ne citer qu’eux, tous partis trop tôt, et va-y que je te ressers un whisky, et un autre, et... putain que ça doit swinguer là-haut... Je m’emballe, je m’emballe (j’en suis conscient, c’est déjà pas mal), mais n’espérez pas entendre le groupe à la radio, encore moins le voir à la télévision, avec un peu de chance une (petite) chronique dans un magazine spécialisé...

Désolé mais la France est perdue pour le rock... Comment ça j’exagère !

Trois semaines d’hommage pour Johnny, qui employait des baltringues pour lui composer des chansons (!) et 2 mots pour Dick Rivers, qui a quand même joué avec Mick Taylor et Chris Spedding, cherchez l’erreur merde... Non, la France est bel et bien perdue pour le rock... Les deux sont partis, un seul était vrai... Comme doit l’être le rock’n’roll... Pour voir les Shakin’ Mates en live et acheter l’objet, ou deux, ou trois, pour l’offrir à ceux que vous aimez, il faudra vous bouger le cul et parole de Sioux, vous ne le regretterez pas... Pour terminer, parce qu’il faut bien que je termine ma bafouille, moi qui ne crois en rien, et surtout pas en l’être humain, mais parce qu’il a toujours été là pour moi, et le sera toujours, je peux dire : « In rock I trust... »

GEROM